Yom HaShoah au Canada : Honorer la mémoire et la résilience
Le Yom HaShoah, connu officiellement sous le nom de Yom HaZikaron laShoah ve-laGevurah (Journée du souvenir de la Shoah et de l'héroïsme), est l'un des moments les plus solennels du calendrier pour la communauté juive du Canada et pour l'ensemble de la nation. Ce n'est pas une fête au sens conventionnel du terme, mais une journée de commémoration profonde dédiée à la mémoire des six millions de Juifs assassinés par le régime nazi et ses collaborateurs pendant la Seconde Guerre mondiale. Au Canada, cette journée revêt une importance particulière en raison de la présence d'une importante communauté de survivants et de leurs descendants, qui ont contribué à bâtir le tissu social du pays après les horreurs de l'Holocauste.
Ce qui rend le Yom HaShoah unique, c'est sa double focalisation : il ne s'agit pas seulement de pleurer les victimes, mais aussi d'honorer la résistance juive — tant physique que spirituelle. Le terme « Gevurah » dans son nom complet fait référence à l'héroïsme de ceux qui se sont soulevés dans les ghettos, comme lors de l'insurrection du ghetto de Varsovie, et de ceux qui ont maintenu leur dignité humaine dans les conditions les plus inhumaines. Pour les Canadiens, c'est un moment de réflexion collective sur les dangers de l'antisémitisme, du racisme et de l'indifférence, soulignant l'engagement national envers le principe du « Plus jamais ça ».
Au fil des décennies, le Canada est devenu un centre mondial pour l'éducation sur l'Holocauste. Des villes comme Toronto, Montréal, Vancouver et Winnipeg organisent des cérémonies qui rassemblent des dignitaires politiques, des chefs religieux et des citoyens de toutes origines. Cette journée sert de pont entre le passé et le futur, garantissant que les leçons de l'histoire ne soient pas oubliées alors que la génération des survivants s'amenuise. C'est un appel à l'action pour protéger les droits de la personne et promouvoir la tolérance dans une société canadienne multiculturelle.
Quand aura lieu le Yom HaShoah en 2026 ?
En 2026, le Yom HaShoah sera observé avec la même solennité que les années précédentes. Selon le calendrier hébraïque, la commémoration commence au coucher du soleil la veille et se poursuit jusqu'au lendemain soir.
Pour l'année 2026, les détails sont les suivants :
- Jour de la semaine : Tuesday
- Date officielle : April 14, 2026
- Compte à rebours : Il reste environ 101 jours avant cette commémoration.
La date du Yom HaShoah est
variable par rapport au calendrier grégorien, car elle est fixée selon le calendrier lunaire hébreu au 27 du mois de Nisan. Cette date a été choisie par la Knesset (le parlement israélien) en 1951. Elle se situe stratégiquement entre la Pâque juive (Passover) et le Yom HaZikaron (le jour du souvenir des soldats tombés au combat en Israël), et elle tombe généralement peu après l'anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie. Si le 27 Nisan tombe un vendredi ou un dimanche, la date peut être légèrement décalée pour éviter tout conflit avec le Shabbat.
Histoire et origines du Yom HaShoah
L'origine du Yom HaShoah remonte aux premières années suivant la création de l'État d'Israël. Après la Seconde Guerre mondiale, il y avait un besoin pressant d'établir une journée nationale pour commémorer la catastrophe (la « Shoah » en hébreu) qui avait anéanti un tiers de la population juive mondiale. En 1951, le gouvernement israélien a officiellement instauré cette journée.
Au Canada, la reconnaissance de cette journée a évolué parallèlement à l'intégration des survivants de l'Holocauste. Entre 1948 et 1951, plus d'un demi-million de Juifs ont émigré vers des pays comme Israël, les États-Unis et le Canada. Ces nouveaux arrivants ont apporté avec eux des récits de douleur, mais aussi une volonté de témoigner. Au fil du temps, les provinces canadiennes ont adopté des lois reconnaissant officiellement le jour du souvenir de l'Holocauste. Par exemple, l'Ontario a adopté la Loi sur le jour du souvenir de l'Holocauste en 1998, et d'autres provinces ont suivi, institutionnalisant cette commémoration dans le cadre législatif canadien.
L'importance historique pour le Canada est également liée à sa propre introspection sur ses politiques d'immigration de l'époque de la guerre, souvent résumées par la phrase « None is too many » (Aucun, c'est déjà trop), décrivant la fermeture des frontières canadiennes aux réfugiés juifs fuyant le nazisme. Le Yom HaShoah est donc aussi l'occasion pour le Canada de reconnaître ses erreurs passées et de réaffirmer ses valeurs humanitaires contemporaines.
Comment les Canadiens observent-ils cette journée ?
L'observation du Yom HaShoah au Canada est marquée par une atmosphère de dignité et de recueillement. Contrairement à Israël, où des sirènes retentissent dans tout le pays pour figer la circulation pendant deux minutes de silence, les commémorations canadiennes sont principalement organisées par les communautés locales, les synagogues et les centres éducatifs.
Cérémonies communautaires
Dans les grandes métropoles canadiennes, des cérémonies centrales sont organisées par les fédérations juives. Ces événements incluent souvent :
- L'allumage de six flambeaux ou bougies : Chaque bougie représente un million de victimes juives. Ce geste est souvent accompli par des survivants de l'Holocauste accompagnés de leurs enfants ou petits-enfants (la deuxième et troisième génération), symbolisant la transmission de la mémoire.
- Témoignages de survivants : Écouter un survivant raconter son histoire est l'élément le plus puissant des commémorations. Bien que le nombre de survivants diminue, leurs récits enregistrés ou les témoignages de leurs descendants continuent de jouer un rôle central.
- Lectures de noms : Dans certains endroits, on procède à la lecture publique des noms des victimes pour leur redonner leur identité individuelle face à l'anonymat des chiffres de masse.
Éducation et sensibilisation
Le Canada met un accent particulier sur l'aspect éducatif. Des institutions comme le Musée de l'Holocauste de Montréal ou le Neuberger Holocaust Education Centre à Toronto organisent des programmes spéciaux. Les écoles, tant religieuses que publiques, peuvent organiser des assemblées ou inviter des conférenciers pour discuter de l'histoire de la Shoah et de ses implications sur les droits de la personne aujourd'hui.
Services religieux
Dans les synagogues, la liturgie est adaptée pour inclure des prières spécifiques comme le
Kaddish des endeuillés et le
El Maleh Rahamim (une prière pour les âmes des défunts). Des poèmes écrits pendant la guerre dans les ghettos ou les camps sont souvent lus pour illustrer la résistance spirituelle.
Traditions et coutumes
Le Yom HaShoah ne comporte pas de traditions festives. C'est une journée de deuil.
- La bougie jaune : Une coutume répandue consiste à allumer une « bougie de mémoire » (Yahrzeit candle) de couleur jaune. La couleur rappelle l'étoile jaune que les Juifs étaient forcés de porter sous le régime nazi, transformant un symbole de stigmatisation en un symbole de souvenir respectueux.
- Le silence : Bien qu'il n'y ait pas de sirène nationale, de nombreuses cérémonies commencent par une minute de silence.
- L'étude : Il est d'usage d'étudier des textes liés à l'époque ou de regarder des documentaires historiques pour approfondir sa compréhension des mécanismes qui ont mené au génocide.
- Absence de festivités : Pour la communauté juive, il est inapproprié d'organiser des fêtes, de la musique joyeuse ou des célébrations publiques ce jour-là.
Informations pratiques pour les visiteurs et les non-juifs
Si vous souhaitez participer ou témoigner votre respect lors du Yom HaShoah au Canada, voici quelques conseils :
- Participation aux événements : La plupart des cérémonies communautaires sont ouvertes au public. Il est recommandé de consulter les sites web des fédérations juives locales (comme la Fédération CJA à Montréal ou l'UJA Federation of Greater Toronto) pour connaître les horaires et les lieux.
- Code vestimentaire : Une tenue sobre et respectueuse est de mise. Pour les hommes entrant dans une synagogue, il est coutumier (et souvent obligatoire) de porter une kippa (calotte), qui est généralement fournie à l'entrée.
- Comportement : Le silence est d'or. Pendant les témoignages, il est essentiel d'écouter avec attention sans interrompre. La photographie est souvent découragée ou interdite pendant les moments de prière.
- S'informer : Visiter un musée de l'Holocauste au Canada est une excellente façon de marquer la journée. Le Musée de l'Holocauste de Montréal, par exemple, offre des perspectives uniques sur l'immigration des survivants au Canada.
Est-ce un jour férié au Canada ?
Il est important de noter que le Yom HaShoah n'est pas un jour férié officiel au Canada.
- Entreprises et bureaux : Les commerces, les banques et les bureaux gouvernementaux restent ouverts selon leurs horaires habituels.
- Écoles : Les écoles publiques et privées non confessionnelles fonctionnent normalement, bien que certaines puissent organiser des activités éducatives liées à la journée. Les écoles juives peuvent modifier leur emploi du temps pour permettre aux élèves de participer aux cérémonies.
- Transports : Les services de transport en commun suivent leur horaire régulier de semaine.
Bien que ce ne soit pas un congé chômé, le gouvernement canadien et les premiers ministres provinciaux publient généralement des déclarations officielles pour reconnaître la journée, réitérant l'engagement du pays dans la lutte contre l'antisémitisme. Pour les employés juifs qui souhaitent prendre une journée de congé pour observation religieuse ou commémorative, cela est généralement traité selon les politiques de congé personnel ou de diversité religieuse de l'employeur.
En conclusion, le Yom HaShoah au Canada est une journée de profonde introspection. C'est un moment où le pays s'arrête virtuellement pour écouter les échos du passé, honorer ceux qui ont péri et s'assurer que les valeurs de tolérance et de respect mutuel restent au cœur de l'identité canadienne. En 2026, comme chaque année, la flamme du souvenir continuera de brûler, portée par une nation qui refuse d'oublier.